Débat avec PPDA

 

 

ASSOCIATION DES CADRES BRETONS

 

« Vive la Bretagne du coeur ! »

 

7 mars 2000 : arrivée en trombe au Sénat d’un scooter… C’est Patrick Poivre d’Arvor, la tête encore remplie des grands titres du soir qu’il a égrenés, expliqués au cours de son rendez-vous cathodique quotidien avec dix millions de Français. Il ne lui aura pas fallu trop de temps pour chasser le spleen qui vient automatiquement l’envahir après une journée d’inexorable montée en tension ! Le temps de se retrouver dans une soirée amicale où cent cadres bretons (un record pour un dîner) étaient venus pour dialoguer avec l’un de leurs représentants les plus médiatiques.

Prix Interallié pour « L’Irrésolu », son vingtième ouvrage, journaliste et star du journal télévisé le plus populaire en France, écrivain et animateur de deux émissions littéraires sur TF1 et LCI, Patrick Poivre d’Arvor a un parcours exemplaire. Est-ce dû à son caractère breton, « têtu comme une mule » selon ses propres termes, ou à son irrésolution à choisir entre ses deux passions : le journalisme et l’écriture. Constatant que l’auditoire connaissait en partie son œuvre littéraire, et pas seulement sa figure au journal de 20 h et stimulé par l’animateur du débat et organisateur de la soirée, notre vice-président René Le Moal, notre invité nous a livré un florilège de souvenirs et de réflexions d’un journaliste-écrivain sur tous les fronts.

Patrick Poivre d'Arvor avec Alain Baumard, président de l'ACB

Journaliste pour aller à la rencontre de l’autre

« Je suis journaliste dans l’âme, j’aime énormément mon métier depuis mes tout débuts en 1982, même si je ne suis pas fanatique du milieu… ». Il a commencé son métier en gagnant un concours organisé par France-Inter. Cela lui a permis de faire un tour du monde tout en envoyant chaque semaine un reportage sur le pays dans lequel il se trouvait. « L’époque était alors très fructueuse pour ce genre de périple, les pays n’étaient pas aussi bien connus que maintenant. »

Pourquoi le journalisme alors que, dès 16 ans, il écrit son premier livre ? « J’ai choisi ce métier parce que j’estime que c’est l’un des plus passionnant! Tous les jours, je vais à la découverte de personnalités, d’êtres particuliers ou classiques mais qui ont toujours une histoire spécifique et se trouvent en général dans des situations extrêmes. Lorsque vous rencontrez des personnes dans des situations paroxystiques,  c’est dans ces moments précis que vous vous rendez compte de leur personnalité, d’une part, et de la nature humaine, d’autre partC’est à chaque fois une vraie rencontre avec des êtres très différents les uns des autres mais à chaque fois presqu’à nu, dans leur vraie nature. » 

La vie du journaliste est, finalement, un condensé de la comédie humaine! La limite à ce métier existe malgré tout et il faut parvenir à garder son rôle de témoin… « On a parfois envie d’être acteur, envie de participer. Mais il faut savoir laisser ses opinions au vestiaire ! »

Le pouvoir et le journaliste

« Le pouvoir politique qui imprègne le travail du journaliste, je l’ai connu… ». Lorsque Patrick Poivre d’Arvor démarre à la télévision, il n’y avait que trois chaînes et les rédactions ressentaient très fortement cette mainmise du politique au quotidien ! Puis, cette lourdeur s’est peu à peu allégée et la multiplication des chaînes, notamment,  a poussé à cette libération de la parole du journaliste.

« On dit maintenant que le pouvoir a changé de nature, remarque Patrick Poivre d’Arvor, les journalistes, les chaînes télévisées en général s’en sont emparés… C’est vrai qu’il faut faire attention aux dérives. »

Et d’ajouter : « j’essaie d’oublier ce pouvoir lorsque je me mets dans la peau de l’écrivain, le soir vers minuit… Lorsque j’écris, seul devant ma page blanche, ce dialogue avec la nature me redonne de l’humilité ! »

L’écriture pour s’imaginer plusieurs vies !

« Mon métier me place aux premières loges de l’aspect le plus noir de la vie et de l’âme humaine : catastrophes, guerres, etc … » Le journaliste a souvent envie de s’évader de cette bulle d’actualité. « Je ne me repais pas de ce quotidien, en général assez sordide… Selon l’adage habituel, on ne parle pas des trains qui arrivent à l’heure ! » Alors, il devient écrivain…

 « Grâce au roman, je peux m’imaginer d’autres vies et les réguler comme je l’entends ! Je m’extraie volontairement de la réalité, j’ai besoin de ce temps hors normalité pour mieux vivre le quotidien… »

PPDA répondant aux propos de 
René Le Moal, vice-président de l'ACB

 

« Je suis journaliste dans l’âme » martèle le journaliste-écrivain. Il doit donc, comme l’exige son métier, livrer les informations aux téléspectateurs avec le moins de mise en scène possible, sans jugement personnel. « A l’extrême opposé de mon métier de jour, j ’aime de manière physiologique la littérature. J’aime utiliser l’écriture pour m’imaginer des vies et éviter de trop subir le quotidien ».

Dans la même veine, Patrick Poivre d’Arvor est un passionné des écrivains russes, séduit « par le côté désespéré de l’âme slave, ils savent mettre en scène une réalité difficile et prendre du recul par rapport à elle. Les poètes tels Rimbaud, Apollinaire, Baudelaire m’ont aussi passionné dans ma jeunesse car, avant que je ne me mette à écrire, ils m’ont aidé à imaginer la réalité ».

Pour « Un héros de passage » et pour « l’Irrésolu », il a enfilé les costumes de 1848 puis de 1883 avec une certaine jubilation ! « Durant tout mon travail d’écriture, je faisais miens les idéaux de Victor. J’étais totalement dans l’époque et j’aimais cela ! »

 

Son prochain livre, actuellement au stade de la  rédaction se situe non plus dans le passé mais résolument dans l’avenir. « C’est une vraie chance d’avoir la possibilité de se transposer dans des vies, des époques différentes, c’est la chance de l’écrivain ou du scénariste ! »

L’écriture comme ciment de la vie

« J’ai écrit mon premier livre à 16 ans, dans une période un peu lourde, pas très gaie, puis à chaque moment important, qu’il soit tragique ou gai… l’écriture m’a accompagné et m’a aidé. Je sais qu’elle m’a permis d’acquérir une certaine sagesse, une philosophie de la vie. »

Cette sagesse acquise grâce à l’écrit a, bien sûr, forcément un impact sur son métier de journaliste : « l’écriture me fabrique petit à petit l’angle constructif à partir duquel je parviens à évoluer sereinement dans mon métier. En me construisant, elle me permet de ne pas regarder le monde comme il y a 10 ans, d’avoir plus de compassion face à la réalité. »

L’écriture pour exister

Dans chacun de ses ouvrages, Patrick Poivre d’Arvor intègre des références personnelles. Ainsi dans « Un héros de passage », le meilleur ami de son héros se nomme François Jeuge, le nom de jeune fille de la mère de l’écrivain. Toute son œuvre est parsemée de signaux personnels et de confidences plus ou moins directes. « Mes livres sont agrémentés de petits clins d’œil, de détails personnels et amusants voire parfois de petites supercheries ! Ils sont aussi l’occasion d’évoquer des choses fondamentales qui me tiennent réellement à cœur et que je ressens très profondément. J’aime cette force de l’écriture, c’est l’occasion de poser des fondamentaux. »

Faire vivre la  Bretagne à tout prix

« Avec TV Breizh, j’ai pu allier ma passion pour mon métier à mes racines ! »
Patrick Poivre d’Arvor est très fier de faire partie de cette aventure TV Breizh et de la Bretagne, seule région, estime-t-il, à pouvoir fournir autant de personnalité, d’enthousiasme et de ténacité autour d’un projet dont le but essentiel est de réactiver les racines culturelles de la « diaspora » bretonne !

« Je suis intimement persuadé que lorsque les gens fouillent dans leur passé et font revivre leurs traditions, ils sont infiniment plus riches et plus forts pour affronter l’avenir ! »

Il ajoute « TV Breizh apporte cela de fondamental au peuple breton : lui faire ressentir un environnement, des traditions, des odeurs comme  Proust ses madeleines alors qu’il habite à Barcelonette, Maubeuge ou Paris ! »

En diffusant 17 heures par jour depuis le mois de septembre et annonçant de nouvelles émissions qui permettent de retrouver l’air breton, le directeur adjoint de la chaîne armoricaine estime que « TV Breizh fait un vrai travail culturel ! »

 

Chacun a voulu faire dédicacer son "irrésolu"

Un 20 H en breton ?

« J’ai vainement tenté d’apprendre le breton mais ce n’est pas de sitôt que je vais présenter le journal en breton ! Au-delà de la plaisanterie, j’ai des souvenirs terribles lorsque, par exemple, je pense qu’on a  placardé « interdit de parler breton et de cracher par terre » ! La loi de 1885 a vraiment fait des ravages… ». Très animé, Patrick Poivre d’Arvor a pris à témoin le représentant des cadres catalans, présent lors de la soirée : « la Catalogne est l’une des régions les plus prospères d’Espagne avec une capitale, Barcelone, des plus vivaces sur le plan de l’esprit, de l’économie ! La pratique conjointe de deux langues, le Catalan et l’espagnol, a sans aucun doute dynamisé cette région. »

La création de TV Breizh vient aussi de cette constatation : les Bretons ont des racines fortes qu’ils veulent continuer à faire vivre. Cela passe aussi par la langue, par des émissions en breton, etc… »

Des souvenirs bretons irrémédiablement inscrits dans la mémoire de l’écrivain

Comme tout Breton qui se respecte, Patrick Poivre d’Arvor a en tête les bruits de la mer, du vent dans les ajoncs, les odeurs d’iode… « Mais, j’ai un souvenir qui m’est revenu très récemment lors d’un match Rennes - Nantes : l’odeur des saucisses grillées, explique-t-il. Patrick Poivre d’Arvor est né à Reims. Aussi malgré ses origines bretonnes (qu’il rappelle dans tous ses livres), a-t-il eu besoin d’être « adopté » par les Bretons . Ce qui s’est fait sans difficulté. C’est ce qui est formidable avec eux, il n’y pas de droit du sang ni droit du sol mais un droit du cœur… Le Breton est le peuple le plus généreux que je connaisse et il me permet d’avoir les mêmes souvenirs sensoriels que les « vrais » Bretons ! »

Un vrai hommage de la part de cet homme généreux, profondément attaché à ses racines et heureux de pouvoir partager quelques heures avec ses compatriotes « de cœur » à qui il a fait cadeau d’un « scoop » : son vingt-et-unième livre à paraître en juin prochain. En outre, Patrick Poivre d’Arvor a accepté de faire partie du Comité de Parrainage de l’ACB.    

Armelle Baumard

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