| Prix Interallié pour
« L’Irrésolu », son vingtième ouvrage, journaliste et
star du journal télévisé le plus populaire en France, écrivain et
animateur de deux émissions littéraires sur TF1 et LCI, Patrick Poivre
d’Arvor a un parcours exemplaire. Est-ce dû à son caractère breton,
« têtu comme une mule » selon ses propres termes, ou à son
irrésolution à choisir entre ses deux passions : le journalisme
et l’écriture. Constatant que l’auditoire connaissait en partie son
œuvre littéraire, et pas seulement sa figure au journal de 20 h et
stimulé par l’animateur du débat et organisateur de la soirée,
notre vice-président René Le Moal, notre invité nous a livré un
florilège de souvenirs et de réflexions d’un journaliste-écrivain
sur tous les fronts. |
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Patrick Poivre d'Arvor avec Alain Baumard,
président de l'ACB |
Journaliste
pour aller à la rencontre de l’autre
« Je suis journaliste dans l’âme, j’aime énormément mon métier
depuis mes tout débuts en 1982, même si je ne suis pas fanatique du
milieu… ». Il a commencé son métier en gagnant un concours
organisé par France-Inter. Cela lui a permis de faire un tour du monde
tout en envoyant chaque semaine un reportage sur le pays dans lequel il
se trouvait. « L’époque était alors très fructueuse pour ce genre de périple, les
pays n’étaient pas aussi bien connus que maintenant. »
Pourquoi le journalisme
alors que, dès 16 ans, il écrit son premier livre ? « J’ai
choisi ce métier parce que j’estime que c’est l’un des plus
passionnant! Tous les jours,
je vais à la découverte de personnalités, d’êtres particuliers ou
classiques mais qui ont toujours une histoire spécifique et se trouvent
en général dans des situations extrêmes. Lorsque vous rencontrez des
personnes dans des situations paroxystiques,
c’est dans ces moments précis que vous vous rendez compte de
leur personnalité, d’une part, et de la nature humaine, d’autre
part… C’est à chaque fois
une vraie rencontre avec des êtres très différents les uns des autres
mais à chaque fois presqu’à nu, dans leur vraie nature. »
La vie du journaliste est,
finalement, un condensé de la comédie humaine! La limite à ce métier
existe malgré tout et il faut parvenir à garder son rôle de témoin…
« On a parfois envie d’être
acteur, envie de participer. Mais il faut savoir laisser ses opinions au
vestiaire ! »
Le
pouvoir et le journaliste
« Le pouvoir politique qui imprègne le travail du journaliste, je l’ai
connu… ». Lorsque Patrick Poivre d’Arvor démarre à la télévision,
il n’y avait que trois chaînes et les rédactions ressentaient très
fortement cette mainmise du politique au quotidien ! Puis, cette
lourdeur s’est peu à peu allégée et la multiplication des chaînes,
notamment, a poussé à cette libération de la parole du journaliste.
« On dit maintenant que le pouvoir a changé de nature, remarque
Patrick Poivre d’Arvor, les
journalistes, les chaînes télévisées en général s’en sont emparés…
C’est vrai qu’il faut faire attention aux dérives. »
Et d’ajouter :
« j’essaie d’oublier ce
pouvoir lorsque je me mets dans la peau de l’écrivain, le soir vers
minuit… Lorsque j’écris, seul devant ma page blanche, ce dialogue
avec la nature me redonne de l’humilité ! »
L’écriture
pour s’imaginer plusieurs vies !
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« Mon métier me place aux premières loges de l’aspect le plus noir de
la vie et de l’âme humaine : catastrophes, guerres, etc … »
Le journaliste a souvent envie de s’évader de cette bulle
d’actualité. « Je ne me
repais pas de ce quotidien, en général assez sordide… Selon
l’adage habituel, on ne parle pas des trains qui arrivent à l’heure ! »
Alors, il devient écrivain…
« Grâce
au roman, je peux m’imaginer d’autres vies et les réguler comme je
l’entends ! Je m’extraie volontairement de la réalité, j’ai
besoin de ce temps hors normalité pour mieux vivre le quotidien… »
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PPDA répondant aux propos
de
René Le Moal, vice-président
de l'ACB
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« Je suis journaliste dans l’âme » martèle le journaliste-écrivain.
Il doit donc, comme l’exige son métier, livrer les informations aux téléspectateurs
avec le moins de mise en scène possible, sans jugement personnel.
« A l’extrême opposé de
mon métier de jour, j ’aime de manière physiologique la littérature.
J’aime utiliser l’écriture pour m’imaginer des vies et éviter de
trop subir le quotidien ».
Dans la même veine,
Patrick Poivre d’Arvor est un passionné des écrivains russes, séduit
« par le côté désespéré
de l’âme slave, ils savent mettre en scène une réalité difficile
et prendre du recul par rapport à elle. Les poètes tels Rimbaud,
Apollinaire, Baudelaire m’ont aussi passionné dans ma jeunesse car,
avant que je ne me mette à écrire, ils m’ont aidé à imaginer la réalité ».
Pour « Un héros de
passage » et pour « l’Irrésolu », il a enfilé les
costumes de 1848 puis de 1883 avec une certaine jubilation !
« Durant tout mon travail
d’écriture, je faisais miens les idéaux de Victor. J’étais
totalement dans l’époque et j’aimais cela ! »
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| Son prochain livre,
actuellement au stade de la rédaction
se situe non plus dans le passé mais résolument dans l’avenir.
« C’est une vraie chance d’avoir la possibilité de se transposer dans
des vies, des époques différentes, c’est la chance de l’écrivain
ou du scénariste ! » |
L’écriture
comme ciment de la vie
« J’ai écrit mon premier livre à 16 ans, dans une période un peu
lourde, pas très gaie, puis à chaque moment important, qu’il soit
tragique ou gai… l’écriture m’a accompagné et m’a aidé. Je
sais qu’elle m’a permis d’acquérir une certaine sagesse, une
philosophie de la vie. »
Cette
sagesse acquise grâce à l’écrit a, bien sûr, forcément un impact
sur son métier de journaliste : « l’écriture
me fabrique petit à petit l’angle constructif à partir duquel je
parviens à évoluer sereinement dans mon métier. En me construisant,
elle me permet de ne pas regarder le monde comme il y a 10 ans,
d’avoir plus de compassion face à la réalité. »
L’écriture
pour exister
Dans
chacun de ses ouvrages, Patrick Poivre d’Arvor intègre des références
personnelles. Ainsi dans « Un héros de passage », le
meilleur ami de son héros se nomme François Jeuge, le nom de jeune
fille de la mère de l’écrivain. Toute son œuvre est parsemée de
signaux personnels et de confidences plus ou moins directes. « Mes
livres sont agrémentés de petits clins d’œil, de détails
personnels et amusants voire parfois de petites supercheries ! Ils
sont aussi l’occasion d’évoquer des choses fondamentales qui me
tiennent réellement à cœur et que je ressens très profondément.
J’aime cette force de l’écriture, c’est l’occasion de poser des
fondamentaux. »
Faire
vivre la Bretagne à tout
prix
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« Avec TV Breizh, j’ai pu allier ma passion pour mon métier à mes
racines ! »
Patrick
Poivre d’Arvor est très fier de faire partie de cette aventure TV
Breizh et de la Bretagne, seule région, estime-t-il, à pouvoir fournir
autant de personnalité, d’enthousiasme et de ténacité autour d’un
projet dont le but essentiel est de réactiver les racines culturelles
de la « diaspora » bretonne !
« Je suis intimement persuadé que lorsque les gens fouillent dans leur
passé et font revivre leurs traditions, ils sont infiniment plus riches
et plus forts pour affronter l’avenir ! »
Il ajoute
« TV Breizh apporte cela de
fondamental au peuple breton : lui faire ressentir un
environnement, des traditions, des odeurs comme
Proust ses madeleines alors qu’il habite à Barcelonette,
Maubeuge ou Paris ! »
En
diffusant 17 heures par jour depuis le mois de septembre et annonçant
de nouvelles émissions qui permettent de retrouver l’air breton, le
directeur adjoint de la chaîne armoricaine estime que « TV
Breizh fait un vrai travail culturel ! »
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Chacun a
voulu faire dédicacer son "irrésolu"
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Un
20 H en breton ?
« J’ai vainement tenté d’apprendre le breton mais ce n’est pas de
sitôt que je vais présenter le journal en breton ! Au-delà de la
plaisanterie, j’ai des souvenirs terribles lorsque, par exemple, je
pense qu’on a placardé
« interdit de parler breton et de cracher par terre » !
La loi de 1885 a vraiment fait des ravages… ». Très animé,
Patrick Poivre d’Arvor a pris à témoin le représentant des cadres
catalans, présent lors de la soirée : « la Catalogne est l’une des régions les plus prospères d’Espagne
avec une capitale, Barcelone, des plus vivaces sur le plan de
l’esprit, de l’économie ! La pratique conjointe de deux
langues, le Catalan et l’espagnol, a sans aucun doute dynamisé cette
région. »
La création
de TV Breizh vient aussi de cette constatation : les Bretons ont
des racines fortes qu’ils veulent continuer à faire vivre. Cela passe
aussi par la langue, par des émissions en breton, etc… »
Des
souvenirs bretons irrémédiablement
inscrits
dans la mémoire de l’écrivain
Comme
tout Breton qui se respecte, Patrick Poivre d’Arvor a en tête les
bruits de la mer, du vent dans les ajoncs, les odeurs d’iode… « Mais,
j’ai un souvenir qui m’est revenu très récemment lors d’un match
Rennes - Nantes : l’odeur des saucisses grillées,
explique-t-il. Patrick Poivre d’Arvor est né à Reims. Aussi malgré
ses origines bretonnes (qu’il rappelle dans tous ses livres), a-t-il
eu besoin d’être « adopté » par les Bretons . Ce
qui s’est fait sans difficulté. C’est ce qui est formidable avec eux, il n’y pas de droit du sang ni
droit du sol mais un droit du cœur… Le Breton est le peuple le plus généreux
que je connaisse et il me permet d’avoir les mêmes souvenirs
sensoriels que les « vrais » Bretons ! »
Un vrai hommage de la part
de cet homme généreux, profondément attaché à ses racines et
heureux de pouvoir partager quelques heures avec ses compatriotes
« de cœur » à qui il a fait cadeau d’un « scoop » :
son vingt-et-unième livre à paraître en juin prochain. En outre,
Patrick Poivre d’Arvor a accepté de faire partie du Comité de
Parrainage de l’ACB.
Armelle
Baumard