L'AGEFI HEBDO DU 18/11/2005

 

Réseaux professionnels, entrez dans le cercle...

Bienvenue au club ! Associations, communautés, cercles ou encore tribus, qu'ils soient formels ou informels, ces réseaux fleurissent un peu partout dans la sphère professionnelle. Pionnier en la matière : les anciens des grandes écoles, comme ceux de l'ENA, des Arts et Métiers ou d'HEC, qui ont su développer depuis longtemps un certain esprit de corps. Car la motivation fondatrice est bien là : on se regroupe pour partager une identité commune, en dehors ou dans l'organisation, que l'on souhaite légitimer et/ou protéger.

Le Ministère de l'Economie et des Finances compte en son sein depuis le début 2004 Comin-G, une association réunissant gays et lesbiennes. Si cette structure offre d'abord un cadre convivial à des membres souffrant souvent d'isolement, elle a également pour mission la lutte contre l'homophobie dans l'entreprise. Elle se révèle dès lors une interlocutrice intéressante en interne, surtout à l'heure où les entreprises planchent sur les questions d'égalité des chances, de discrimination et de diversité. « Notre démarche n'est pas communautariste, mais plutôt revendicatrice d'un meilleur relationnel dans l'entreprise. Nous souhaitons dénoncer les abus et aider nos adhérents à mieux se défendre dans leurs rapports professionnels », explique Philippe Chauliaguet, président de Comin-G (90 membres) et informaticien à la direction de la comptabilité publique.

Think tank ? Lobbying ? Sans aucun doute. Et ce n'est pas Marie-Claude Peyrache, présidente de Paris PWN (Professional Women Network), antenne française de PWN, réseau professionnel européen de femmes comptant quelque 2.500 membres, dont 770 en France, qui opposera un démenti. « Nous apprenons à nos membres à se rendre visibles. Compte tenu du nombre de nos adhérentes, nous sommes écoutées. Et dans l'entreprise, nous pouvons aider à l'éclosion de meilleures pratiques », convient-elle. D'ailleurs, certaines structures naissent dans les murs mêmes des entreprises. C'est le cas d'« Accent sur Elles », chez Accenture, qui travaille, en liaison avec la DRH, à favoriser la progression de carrière des femmes, ou chez HSBC qui a créé cette année un réseau mondial de femmes reconnues comme de hauts potentiels par leur hiérarchie.

Faciliter la mobilité

Les réseaux raisonnent en collectif, mais servent aussi les intérêts individuels. Et pour cause ! Ils sont un formidable outil de gestion de carrière. Selon le dernier baromètre d'ORC Image & Stratégies d'employeur, publié début novembre, les salariés érigent les réseaux personnels comme le média le plus efficace pour trouver un emploi. Près d'une personne sur trois « avoue » ainsi faire jouer ses relations dans le cadre de sa carrière. Entrer dans un réseau, c'est effectivement autant de nouveaux contacts. D'autant plus que ces groupes jouent à plein la carte de la solidarité. Celle-ci fait partie, bien souvent, du code de conduite des associations, à l'instar des anciens d'HEC. « L'objectif de l'association et de ses différents groupements est d'animer une communauté professionnelle d'HEC vivante et solidaire, en facilitant, entre autres, la mobilité professionnelle à toutes les étapes de la carrière et en stimulant la réflexion collective dans les différents métiers représentés », explique Michèle Jardin, spécialiste en gestion d'actifs et présidente du groupement « banque, finance, marchés » (3.000 membres) au sein des anciens.

Le club des anciens de Pricewater- houseCoopers, avec 600 membres, présente aussi clairement l'accompagnement professionnel comme un de ses axes majeurs. « Il constitue un point d'ancrage ouvert et visible pour développer des liens, des échanges et participer à des projets communs », décrit Marc Guyot, son président, par ailleurs directeur général délégué d'une société de capital investissement. L'association propose à ses membres de les aider en organisant, par exemple, des petits-déjeuners traitant de questions de ressources humaines : « Nous faisons appel à des DRH, à des coachs ou encore à des chasseurs de têtes qui prodiguent leurs conseils. » Le coup de pouce peut être encore plus concret : audit de carrière, annonces d'offres d'emploi spécifiques et introductions au sein de cabinets de recrutement partenaires de l'association.

Une pratique commune avec l'association des anciens d'HEC, particulièrement active dans le bouche-à-oreille. Bien souvent, un poste vacant est connu, ainsi, de ses adhérents avant même la publication d'une offre d'emploi par l'entreprise concernée. Cette cooptation n'est d'ailleurs pas pour déplaire aux entreprises. Elle rassure sur le niveau de formation du candidat et engage les deux parties, le coopté comme le « cooptant ». Un gage de qualité qui s'avère non négligeable quand on connaît les coûts d'un recrutement raté. « Chacun a besoin d'évoluer, souvent de changer de métier et d'avoir une vie professionnelle variée. Pour cela, nous avons besoin de contacts et d'appuis. Le réseau est une mine en la matière », confirme Dominique Toulemonde, gestionnaire de fortune, membre de Paris PWN depuis deux ans, en charge du Club Finance dédié aux femmes cadres dans le domaine.

Echanges de cartes de visite

Dernièrement, le club a organisé un atelier intitulé « Comment changer de métier dans la finance » avec, comme invités, un chasseur de têtes et une PWN ayant vécu une telle expérience. « Nous avons des exemples au sein de l'association de personnes qui ont trouvé un emploi grâce à de premiers contacts noués au sein de l'association. Ce sont des échanges de cartes de visite et des discussions utiles au bon moment », renchérit Michel Cojean, directeur adjoint du risque chez Dexia-Crédit Local et vice-président de l'Association des cadres bretons (ACB), créée en 1962, réunissant quelque 700 membres. Et même lorsqu'il ne s'agit pas de postes à proprement parler, il est question d'informations « sur les habitudes de recrutement de telle société, sur ses valeurs, sur ses produits, sur sa manière de travailler. Quantité de renseignements qu'une simple offre d'emploi n'apprend pas, et qui s'avèrent très utiles avant de postuler », remarque Corentin Kerrest, chef de projet maîtrise d'ouvrage chez HSBC en France et adhérent à l'Association des cadres bretons depuis deux ans et demi.

Fidéliser les salariés

Le réseau est aussi un ciment, en particulier lorsqu'il s'anime en intra-entreprise. En témoigne Marine de Bazelaire, responsable de la coordination de la responsabilité sociale d'HSBC en France. « Dans le cadre de sa politique de responsabilité sociale, HSBC s'est investi dans différents programmes de protection de l'environnement. Parmi eux, Earthwatch, dont le but est de sensibiliser nos collaborateurs à l'environnement en leur offrant l'opportunité de s'impliquer dans de vraies expéditions scientifiques. » Sur la base du volontariat, les salariés déposent un dossier de candidature motivé et, après sélection, intègrent pendant une quinzaine de jours une des équipes scientifiques actives aux quatre coins du globe. « En 2006, la cinquième promotion partira. Cette opération interne a abouti à la création d'un réseau informel d'une centaine d'anciens Earthwatch. Il participe au rapprochement des collaborateurs, à la fluidité de l'information au sein du groupe et ce, indépendamment des niveaux hiérarchiques, des métiers ou des régions. Clairement, ce réseau a créé un socle commun. » Un avis partagé par Eric Lhote, directeur de la communication du Crédit du Nord Provence Alpes Côte-d'Azur et trésorier de Andantino. Cette association lancée en 1999 regroupe les salariés de 25 entreprises régionales (Alcatel Space, Centres Leclerc, Crédit du Nord, Eurocopter.) autour de l'orchestre régional Cannes Paca. « Dans ce cadre, nous avons créé, il y a trois ans, un chour interentreprise riche de 60 membres, dont une dizaine sont salariés du Crédit du Nord. Ces personnes travaillent pour l'essentiel au siège régional. Auparavant, ils se croisaient, sans plus. Aujourd'hui, ils échangent en toute convivialité, apprennent à se connaître et à se découvrir des compétences susceptibles d'être exploitées dans l'entreprise et jusqu'alors ignorées. » Autant de liens bénéfiques à la cohésion interne et, par ricochet, à la fidélisation des salariés.

Intellectuellement stimulant

Enfin, parce qu'ils permettent de croiser une grande diversité d'individus, les réseaux enrichissent leurs adhérents. « Les retours d'expérience des uns et des autres et les conversations engagées dans le cadre des rencontres de l'association m'apportent un autre regard sur mon métier et sur mon activité quotidienne », avance Michel Cojean. « Nous n'avons pas le même parcours et pas forcément la même culture. Cette pluralité nous fait progresser tant dans notre gestion de carrière que dans l'exercice de notre métier. Les discussions se font à bâtons rompus, avec une grande liberté de ton. Toutes les questions sont bonnes à poser », souligne Dominique Toulemonde. Sans compter que ces associations organisent des rencontres intellectuellement stimulantes, plus ou moins techniques.

Mais attention, le poids et la diversité des réseaux ont aussi leur limite. Qu'ils apportent une dimension supplémentaire à l'entreprise, cela ne fait aucun doute. A condition qu'elle ne soit pas excluante, car elle mettrait alors en danger la culture même de l'entreprise.

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