La Sterne est une publication papier destinée aux adhérents de l'Association des Cadres Bretons. Vous trouvez ici quelques articles des derniers numéros.
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C'est un territoire, une langue et une histoire.
Les trois -le
territoire, la langue et l'histoire- ont eu à se défendre contre des
agressions nombreuses.
Pour le territoire, il y a eu le mauvais
coup de Vichy qui a soustrait la Loire-inférieure, comme on l'appelait
alors, à la Bretagne historique.
Pour la langue et la culture, on
ne peut plus ignorer le parti pris idéologique de mise à mort, décidé
il n'y a pas si longtemps.
Pour notre histoire, enfin, combien
avons-nous dû supporter de falsifications, de stigmatisations, de
mystifications, de manipulations, de dissimulations et
d'oblitérations, sans oublier les amalgames.
Dernier avatar : Bretons = collabos.
Même les moins
passionnés trouvent que c'est trop. Ainsi Joël Cornette, dans son
Histoire de la Bretagne et des Bretons, insiste pour dire que :
« Le collaborationnisme est resté marginal tout au long de
l'occupation. »
Pour encadrer le débat dans le temps,
deux personnalités et pas des moindres, citons :
D'abord de Gaulle, dès l'été 1940, lors du premier défilé des Forces
Françaises Libres à Londres : « L'île de Sein, c'est le
quart de la France. » Il saluait, ce faisant, les 133
pêcheurs de l'ile qui venaient d'arriver.
Eisenhower ensuite en
1944 : « Une mention spéciale doit être faite à l'aide
qui nous fut apportée par les FFI dans la réduction de la presqu'ile
bretonne. Elles avaient, par leur harcèlement incessant, entouré les
Allemands d'une atmosphère intenable de dangers et de haine qui sapait
la confiance de leurs chefs et le courage de leurs
soldats. »
Et entre ces deux dates c'est l'histoire de
notre résistance.
Dès l'automne 1940, les préfets signalent l'anglophilie et le
gaullisme et s'inquiètent de l'évolution de l'opinion.
Et nous
avons le devoir de rappeler la résistance bretonne et ses héros, comme
d'Estienne d'Orves à Nantes, Rémy et la confrérie NotreDame,
l'ingénieur Stosskopf à Lorient et Charles Tillon.
Et nous avons
le devoir de décrire la naissance des réseaux de renseignements,
l'hostilité croissante de la population qui lacère les affiches et
multiplie les graffitis, les actes de sabotages et les attentats, la
guérilla et même la vraie guerre comme à Saint-Marcel.
Oui, il
faut rappeler le martyr de nos villes bombardées au quotidien et
détruites pour certaines, comme Lorient, à 90% ou les 1200 victimes
civiles de Nantes.
Oui, il faut insister sur le pillage du pays
breton par l'occupant et sur l'exploitation de sa main-d'oeuvre...
Et il faut louer tous ceux qui s'attachent à rappeler ces hauts
faits comme l'Institut Culturel de Bretagne.
En
partenariat avec Ouest-France il a organisé récemment à Saint-Malo un
magnifique colloque sur les « liens de la liberté. » En
l'occurrence, il s'agissait du réseau d'évacuation des pilotes alliés
abattus en Bretagne.
Oui, il faut dire : chapeau au Président
du Conseil Régional de Bretagne qui a souhaité qu'on enseigne aux
jeunes, enfin, notre Histoire. Un nouveau manuel de référence est en
train de s'élaborer à cet effet. La vérité historique doit être
recherchée et défendue contre les faussaires.
Vincent Raude
Siège social : Maison de la Bretagne 203, bd Saint-Germain - 75007
Paris
tel/fax 01 69 01 50 83
acb.sec@wanadoo.fr
Abonnement 16 euros
Trimestriel
Ce numéro 187 de la Sterne a été réalisé par :
Directeur de la publication : Vincent Raude
Rédaction : Alain Baumard, Gérard Le Ber, Maryvonne Henry, Vincent Raude, et la collaboration de tous les auteurs d'articles de ce numéro
Crédit Photo : Maryvonne Henry, Gérard Le Ber
Remerciements aux annonceurs annonces couplées avec la version papier
de ce numéro
NDLR : les articles publiés dans ce numéro n'engagent que leurs auteurs.
* « Proverbes et dictons bretons » de Louis Le Hénog
Dans le cadre de son aide au développement économique de la Bretagne, l'ACB a repris les rencontres autour du thème de la « création et reprise d'entreprises en Bretagne ». Sa commission éponyme a ainsi organisé récemment deux petits déjeuners conviviaux.
En premier lieu, nous avons ainsi eu le plaisir de recevoir le 19 décembre 2006, dans le quartier de Montparnasse, le syndicat mixte « Pays de Ploërmel Coeur de Bretagne » qui regroupe six communautés de communes et que l'on peut découvrir à l'adresse : www.paysdeploermel-coeurdebretagne.fr
Cette structure a pour objet de susciter et regrouper les financements nécessaires en vue d'aider à l'investissement entrepreneurial en « Coeur de Bretagne ».
Trois intervenants, très impliqués dans le développement local, ont eu à coeur de démontrer le dynamisme de la région de Ploërmel. Ils nous ont présenté les moyens mis en oeuvre pour accueillir de nouvelles entreprises ou des repreneurs d'entreprises existantes.
Nous avons entendu, venus de bon matin de Ploërmel :
Les auditeurs ont été très impressionnés par la qualité et le professionnalisme des interventions. Ils ont aussi été très sensibles à l'implication des acteurs de l'économie locale, conscients de la nécessité de se porter au devant des chefs d'entreprises potentiels afin de faire participer tout le « Pays » au développement économique de la Bretagne.
Au travers d'une présentation visuelle très agréable, nous avons découvert l'architecture du projet mis en place : un réseau d'accompagnement du candidat entrepreneur très complet et réactif, des structures d'accueil (espaces d'activités, pépinière d'entreprises, infrastructures informatiques), un environnement dynamique en termes scolaire, culturel et sportif par exemple. L'expérience de S. JAN, créateur de Bretagne Laser, est venue illustrer concrètement le projet intercommunal mis en place.
Nous avons aussi observé que, pour éviter une dispersion des interlocuteurs, les animateurs de ce réseau travaillaient tous en étroite collaboration, chacun étant informé des projets d'implantation ou de reprise suivis par les autres.
Souhaitons beaucoup de succès à nos compatriotes de Ploërmel, lesquels étaient d'ailleurs présents au Salon des Entrepreneurs qui s'est tenu les 31 janvier, 1er et 2 février derniers à Paris.
« De bon matin, les participants au petit déjeuner du 1er février se sont montrés très attentifs au récit d'une aventure entrepreneuriale, qui suscitera, nous l'espérons, des vocations. »
L'ACB a reçu le 1er février CAD22 (Côtes d'Armor Développement) et la CCI des Côtes d'Armor, accompagnées de chefs d'entreprise lesquels ont illustré également l'importance des structures d'accueil costarmoricaines. La manifestation se tenait dans le célèbre restaurant Le Procope, rue de l'Ancienne Comédie.
Nous avons eu le plaisir d'entendre les interventions de :
Il ressort de la présentation par CAD22 que les Côtes-d'Armor sont
un département français parmi les plus attractifs avec un taux de
chômage inférieur à la moyenne nationale et une progression de
l'emploi salarié en 2006 de 1,7 % contre 1,6 % en Bretagne
et 1,3 % en France.
Le contexte est donc dynamique.
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De son côté, J-P. GIRARD nous a fait part de la motivation qui l'a conduit à décentraliser son entreprise vers SaintBrieuc. L'accueil reçu, la facilité des contacts, la présence d'infrastructures modernes, l'augmentation de ses relations commerciales interrégionales ne l'obligeant plus à passer par l'Ile-deFrance, tout a concouru pour qu'il soit aujourd'hui satisfait de son installation.
De son côté, J-Y. de CHAISEMARTIN a fait part de manière très didactique des débuts de sa société d'exploitation d'algues, des raisons de son installation dans le goulet de Bréhat, de ses projets en cours et des méthodes de commercialisation des produits.
Grâce à la CCI des Côtes-d'Armor, nous avons pris connaissance d'un certain nombre de statistiques intéressantes sur les dirigeants d'entreprise dans le département. Ainsi, 78 % des dirigeants de sociétés de moins de 5 salariés ont plus de 50 ans.
Nous avons découvert avec le site Internet « Reprendre en Bretagne », sur lequel les cédants peuvent proposer à la vente leur entreprise et les repreneurs obtenir des informations centralisées.
Enfin, O. LASSALLE nous a retraçé son aventure liée à la reprise de l'entreprise CUISINES MALEGOL, les critères destinés à sélectionner sa cible et les moyens originaux par lesquels il a su à la fois conserver dans l'entreprise le bénéfice des conseils permanents du cédant, sans que la présence de celuici au quotidien ne s'avère trop délicate à gérer en termes de « management ».
Le lieu choisi pour la tenue de cette manifestation s'y prêtant agréablement, la réunion a été très conviviale, interactive et dense par le nombre d'informations échangées. La satisfaction des participants à l'issue de ces deux petits-déjeuners nous encourage dans notre démarche. Nous restons d'ailleurs ouverts aux propositions des adhérents sur d'autres thèmes intéressant le développement économique de la Bretagne.
Maryvonne HENRY,
Yann LE GUELLAFF
L'ACB publie désormais dans la Sterne des indicateurs d'activité et de résultats sur l'économie de notre Région. Ces données présentent la particularité d'englober le département de Loire-Atlantique.
En 2005 (dernière année connue), les défaillances d'entreprises ont été proportionnellement moins nombreuses en Bretagne (les 5 départements) qu'en France : 1,03 % des entreprises bretonnes ont déposé leur bilan, contre 1,43 % dans l'ensemble de la France. L'écart est conséquent. Par rapport à l'année 2004, on relève cependant une augmentation de 3 % des défaillances dans notre région, et tous les départements, à l'exception de l'Illeet-Vilaine, sont touchés par cette aggravation. Contrairement à des idées reçues, le secteur des services est, de tous les secteurs (Industrie, construction, Commerce et Services) le plus frappé par les dépôts de bilan ; il concentre 41 % d'entre-elles, alors que l'industrie n'en recense que 12 %.
| Années | Côtes d'Armor | Finistère | Ille-et-Vilaine | Loire-Atlantique | Morbihan | Total Bretagne | France |
|---|---|---|---|---|---|---|---|
| 2004 | 222 | 348 | 374 | 501 | 349 | 1794 | 40 900 |
| 2005 | 225 | 369 | 353 | 547 | 361 | 1855 (+3,4 %) | 41 800 |
| % par rapport au nombre d'entreprises (2005) | 0,93 | 1,05 | 0,94 | 1,04 | 1,18 | 1,03 | 1,43 |
| 1992 | 2001 | 2003 | |
|---|---|---|---|
| France | 84 700 francs | 15 720 euros | 16 996 euros |
| Bretagne | 81 700 franc | 14 879 euros | 15 790 euros |
| Bretagne /France | 96,5 % | 94,6 % | 92,9 % |
On observe une nette dégradation du revenu brut disponible des Bretons par rapport à la moyenne nationale entre 1992 et 2003 (dernière année connue). En 1992, la Bretagne (sans la Loire-Atlantique) se classait au 9ème rang des régions administratives françaises pour le revenu brut disponible par habitant ; en 2003 elle recule au 17ème rang, le RDB par habitant breton ne représentant plus que 92,9 % du RDB par habitant national :
Cette situation est essentiellement due à la moindre qualification de la sphère productive bretonne. En Bretagne, les postes de cadres et de professions intermédiaires ne constituent que 34,5 % de l'ensemble des postes du secteur productif, contre 39 % environ pour la France métropolitaine. Et des disparités très fortes existent entre les zones d'emploi. Ainsi, dans la zone de Lannion où l'activité des TIC est importante, le taux de qualification est de 62,3 % tandis que dans la zone d'emploi de Carhaix spécialisée dans l'agroalimentaire, le taux n'est que de 20 %. Paradoxe de la Bretagne : alors que la région se place au premier rang en France pour le taux de réussite au baccalauréat, le niveau de qualification des postes du secteur productif est faible ! Les écarts entre les départements ne peuvent être appréciés que par les statistiques des revenus fiscaux par unité de consommation. En 2004 nous constatons que ces revenus sont supérieurs à la moyenne nationale dans les départements de l'Ille-et-Vilaine et la LoireAtlantique, et inférieure dans les trois autres départements ; la démarcation entre l'Est et l'Ouest est nette :
| Côtes-d'Armor | Finistère | Ille-et-Vilaine | Loire-Atlantique | Morbihan | Bretagne (5 départements) |
|---|---|---|---|---|---|
| 95,2 % | 98,6 % | 102,4 % | 101,1 % | 97,1 % | 98,7 % |
Il est depuis 6 mois en NouvelleAngleterre pour le compte du Ministère de l'Industrie, et a accepté de répondre aux questions de « la Sterne » qui le remercie et le félicite.
Au cours du dernier quart de siècle, la
population bretonne s'est accrue globalement de 500 000 personnes environ, soit une
progression de 15 %, supérieure à celle de la France métropolitaine (12 %). Cependant tous les départements n'ont pas évolué selon un
rythme comparable. Le Finistère, et plus
encore les Côtes-d'Armor, n'enregistrent qu'une faible progression. Ces deux départements cumulent les handicaps : un solde
naturel (excédent des naissances sur les décès) infime, voire négatif en certaines périodes,
en raison de la structure par âge de la
population, et un solde migratoire positif mais chétif à cause de leur structure économique peu
dynamique. En revanche, les trois autres départements
- et en particulier l'Ille-et-Vilaine - bénéficient d'une croissance démographique vigoureuse. Cela résulte à la fois d'un
taux de natalité élevé (12,8 ‰ en Ille-et-Vilaine et en Loire-Atlantique, contre 11,5 ‰
dans les Côtes-d'Armor et dans le Finistère), d'un taux de mortalité faible (8 à 8,5 ‰ en
Ille-et-Vilaine et en Loire-Atlantique contre 11 à 12 ‰ dans les Côtes-d'Armor et le
Finistère ; 10 ‰ dans le Morbihan), et d'un solde migratoire nettement positif. Et notons que
la balance migratoire dans les trois départements les plus dynamiques n'est pas le fait du
retour au pays des retraités partis faire carrière hors de la Bretagne, mais d'une immigration
de personnes actives venant essentiellement de l'Ouest de la France, attirées par le nombre et la qualité des emplois offerts. L'attrait
de Rennes-Atalante est un exemple convaincant de ce mouvement migratoire riche pour
la région.

Emploi salarié privé
L'emploi salarié a progressé dans tous les départements bretons plus fortement qu'en
Les effectifs de l'industrie poursuivent partout leur régression

Paul MASSE
Mardi 19 septembre 2006, 100 membres de l’ACB ont écouté avec attention la conférence de Nicolas Hulot sur le thème du développement durable.
Nicolas HULOT, animateur très médiatique du magazine télé Ushuaïa Nature milite pour la cause écologique et le développement durable. Aujourd’hui, il en est le porte-parole le plus crédible et le plus aimé des français. Inlassablement, Nicolas HULOT essaie de convaincre les politiques, candidats à l’élection présidentielle, de l’urgence à prendre la mesure des bouleversements climatiques.
Inutile d’être un spécialiste de géopolitique pour comprendre
le discours clair et pédagogique d’un homme qui se dit humblement être un généraliste de l’environnement. Ce généraliste serait plutôt
un spécialiste qui s’appuie sur des bases scientifiques solides pour
étayer son argumentaire. Autour de lui, une trentaine d’experts scientifiques
constituent son comité de veille écologique, tous sont des sommités dans des domaines très complémentaires touchant à
l’environnement en passant par le climat, l’agronomie, l’agriculture
biologique mais aussi la médecine et même la philosophie….
Nicolas Hulot, l’homme de conviction, utilise son charisme et sa rigueur pour alerter sur l’état de la Planète et les changements
climatiques annoncés. Il sanctifie le développement durable ainsi que la solidarité avec la nature et le vivant mais aussi entre pays
du nord et pays du sud.
L’écologie ayant une dimension planétaire, Nicolas Hulot précise d’emblée qu’il n’abordera pas spécifiquement la
problématique environnementale bretonne.
Etat des lieux
La vie sur terre tient au miracle grâce à l’atmosphère, un petit bouclier qui nous protège en participant aux
équilibres thermiques et chimiques de notre Planète. Depuis l’ère industrielle, l’Homme
a une efficacité redoutable à modifier le patrimoine de la Planète,
notamment la composition chimique de l’atmosphère, et à aggraver l’effet
de serre par l’émission de gaz. La Terre ayant perdu ses repaires, la nature se déchaîne : l’Afrique
succombe à une sécheresse endémique, des tempêtes violentes s’abattent sur le continent européen, des ouragans de plus en plus
puissants dévastent des régions jusqu’alors épargnées.
Nicolas Hulot regrette que les scientifiques aient tardé à confirmer que la part
humaine de l’effet de serre induisait des changements climatiques et une augmentation de la température du globe. Aujourd’hui,
ils sont formels. L’impact de l’activité humaine sur les changements climatiques
est incontestable. Nicolas Hulot fait référence à des rapports qui s’accumulent sur les
bureaux des décideurs de la communauté nationale et internationale. Ces
rapports rédigés par des spécialistes du GIEC (Groupe Intergouvernemental
d’Experts sur l’Evolution du Climat) et relayés par des hommes politiques de gauche
comme de droite convergent vers les mêmes conclusions.
Dans le meilleur des cas, une augmentation moyenne de température à la surface
du globe est estimée à 2,7°C d’ici la fin de ce siècle. Selon Nicolas Hulot, 4°C est un chiffre qui paraît plus réaliste. Ce chiffre est
énorme car il implique que certains points du globe pourraient subir une variation de température de 10°C. A titre d’exemple, Nicolas
Hulot précise que lors de la dernière glaciation, il y a 20 000 ans, la température
moyenne à la surface de la Terre n’était que de 3°C inférieure à celle d’aujourd’hui. A
cette période, les continents européen et américain étaient sous des kilomètres de
glace. Il ajoute que cette variation s’est faite sur une échelle de temps qui a permis à la
vie de s ‘adapter. Alors quand Nicolas Hulot parle d’une variation de 3°C sur un siècle, il
faut s’attendre à des conséquences en cascade sur le plan humain, sanitaire, écologique,
économique et géopolitique. Dans les terres australes, le réchauffement estimé à 10°C
provoquerait une élévation importante du niveau des océans due à la fonte d’une
partie de la calotte glacière. Une montée des eaux de quelques centimètres suffirait à générer des millions de réfugiés écologiques.
Nicolas Hulot met en lumière l’injustice persistante entre pays riches et pays pauvres,
entre deux mondes qui s’observent sans se comprendre. L’un qui tire son épingle du jeu,
responsable de la pollution et du dérèglement
climatique, l’autre celui qu’il nomme les exclus de la Terre, victimes de ce même dérèglement
climatique. Dans ce contexte, les plus démunis sont les plus vulnérables face à la sécheresse, aux tempêtes et ouragans…
Les changements à venir
Après des décennies de découvertes scientifiques et d’ivresse technologique,
l’Homme a perdu sa dimension humaine. L’explosion démographique est une des
conséquences du progrès. Dans notre monde occidental, chaque individu pèse 4 à 10 fois
plus sur la planète qu’il y a un siècle. Aujourd’hui, l’empreinte écologique de l’humanité a dépassé la faculté de la Planète à
répondre à nos besoins. Si la société ne prend pas l’ampleur des dégâts, l’homme va
compromettre dans un futur très proche 50% de la biodiversité alors que la biodiversité
constitue la clé de la vie sur Terre.
Le monde de demain sera de gré ou de force différent de celui d’aujourd’hui. Nicolas Hulot a l’intime conviction
que notre civilisation arrive à un moment critique où nous devons déployer nos capacités à faire face
à l’ampleur des bouleversements climatiques. Dès aujourd’hui la société est confrontée à deux grandes questions :
• Est-ce le temps qui dictera la mutation ?
• Est-ce la société qui prendra en main sa mutation ?
La situation est très préoccupante. Il est
impératif de réagir et de redonner un sens au progrès. Nicolas Hulot est un homme résolument optimiste, il croit en l’Homme. Selon
lui, l’Homme peut faire face intelligemment en mettant au service de cette cause les outils
technologiques, scientifiques et historiques dont il a hérités du siècle dernier.
Comment anticiper les changements et que peut-on faire à notre échelle ?
L’impératif écologique est l’occasion inespérée d’affirmer concrètement trois formes
de la solidarité.
Solidarité de l’Homme avec le vivant : elle est donc essentielle pour la survie de
l’espèce humaine. Nicolas Hulot cite la théorie de Darwin selon laquelle l’homme n’a
pas fait l’objet d’une création séparée. Ayant une communauté d’origine, l’Homme et la
Nature ont également une communauté de destin. Ce qui implique que la sauvegarde de
notre propre existence passe par le maintien de la biodiversité.
Solidarité dans l’espace : il est inacceptable que les pays du sud continuent à
subir alors qu’ils n’ont rien provoqué.
Solidarité avec le futur : avec les folies d’hier, nous avons construit les malheurs
d’aujourd’hui et de demain. Chacun doit prendre part au défi écologique. Nicolas
Hulot explique clairement le sens de sa démarche : le préalable à l’action individuelle et collective est l’indispensable prise
de conscience qui sera suivie par une traduction individuelle et politique. Le message est
clair. Nous avons l’obligation d’aller vers une civilisation durable
sans sacrifier la croissance économique. C’est possible même si l’équation entre impératifs d’aujourd’hui et
nécessités de demain est complexe. Ce grand défi auquel l’humanité est confrontée passe
par une réinitialisation individuelle et collective de notre société.
Nicolas Hulot lance un appel à nous engager vers une société non de privation
mais de modération : une société d’abondance frugale. L’expression est parfaitement
claire : moins de gaspillage et plus de sobriété. Chacun de nous individuellement
et collectivement peut agir.
Quel rôle pour la France ?
La France à un rôle à jouer même si elle n’est responsable que d’une partie des problèmes et ne peut apporter qu’une partie des
solutions. Dans l’Europe qui se cherche, si la France qui était l’élément résistant par rapport aux enjeux écologiques devenait l’élément moteur, elle pourrait montrer l’exemple en aspirant nos voisins
européens vers de nouveaux objectifs.
Nicolas Hulot est intimement persuadé que le ou les pays qui seront les premiers à
faire face à ce défi écologique remporteront, sur le plan économique, les dividendes.
Nicolas Hulot attend impatiemment une politique volontariste mobilisant chercheurs
et ingénieurs pour anticiper le réchauffement climatique et s’y adapter. Il dénonce la
politique agricole commune et l'agriculture productiviste. Il rêve d'une industrie verte
respectueuse de l’environnement, d’un nucléaire propre et bien sûr du développement
des énergies renouvelables. Son livre qui sortira en novembre 2006 est consacré au programme qu’il a
longuement élaboré avec son comité de veille écologique pour relever un défi auquel l’humanité n’a
encore jamais été confrontée.
Grâce à son exposé didactique, Nicolas Hulot a conquis son public. Désormais, nous
avons les cartes en main.
Nicolas Hulot met tout son coeur et toute son énergie dans cette cause écologique. Il
alerte sans affoler. Son discours est sincère et grave mais porteur d’espoir.
En attendant une politique courageuse de nos décideurs, puisse cette conférence être
un point de départ de réflexion pour chacun de nous sur nos comportements quotidiens,
mais aussi une prise de conscience collective en fonction de nos propres responsabilités
professionnelles, associatives, voire politiques.
Guylaine DUCOURET
voir la lettre que la Fondation Nicolas Hulot a adressée à l'ACB suite à cette rencontre