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La Sterne #187 mars 2007

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Édito : l'identité bretonne, c'est quoi ?

C'est un territoire, une langue et une histoire.
Les trois -le territoire, la langue et l'histoire- ont eu à se défendre contre des agressions nombreuses.
Pour le territoire, il y a eu le mauvais coup de Vichy qui a soustrait la Loire-inférieure, comme on l'appelait alors, à la Bretagne historique.
Pour la langue et la culture, on ne peut plus ignorer le parti pris idéologique de mise à mort, décidé il n'y a pas si longtemps.
Pour notre histoire, enfin, combien avons-nous dû supporter de falsifications, de stigmatisations, de mystifications, de manipulations, de dissimulations et d'oblitérations, sans oublier les amalgames.

Dernier avatar : Bretons = collabos.
Même les moins passionnés trouvent que c'est trop. Ainsi Joël Cornette, dans son Histoire de la Bretagne et des Bretons, insiste pour dire que : « Le collaborationnisme est resté marginal tout au long de l'occupation. »
Pour encadrer le débat dans le temps, deux personnalités et pas des moindres, citons :
D'abord de Gaulle, dès l'été 1940, lors du premier défilé des Forces Françaises Libres à Londres : « L'île de Sein, c'est le quart de la France. » Il saluait, ce faisant, les 133 pêcheurs de l'ile qui venaient d'arriver.
Eisenhower ensuite en 1944 : « Une mention spéciale doit être faite à l'aide qui nous fut apportée par les FFI dans la réduction de la presqu'ile bretonne. Elles avaient, par leur harcèlement incessant, entouré les Allemands d'une atmosphère intenable de dangers et de haine qui sapait la confiance de leurs chefs et le courage de leurs soldats. »
Et entre ces deux dates c'est l'histoire de notre résistance.

Dès l'automne 1940, les préfets signalent l'anglophilie et le gaullisme et s'inquiètent de l'évolution de l'opinion.
Et nous avons le devoir de rappeler la résistance bretonne et ses héros, comme d'Estienne d'Orves à Nantes, Rémy et la confrérie NotreDame, l'ingénieur Stosskopf à Lorient et Charles Tillon.
Et nous avons le devoir de décrire la naissance des réseaux de renseignements, l'hostilité croissante de la population qui lacère les affiches et multiplie les graffitis, les actes de sabotages et les attentats, la guérilla et même la vraie guerre comme à Saint-Marcel.
Oui, il faut rappeler le martyr de nos villes bombardées au quotidien et détruites pour certaines, comme Lorient, à 90% ou les 1200 victimes civiles de Nantes.
Oui, il faut insister sur le pillage du pays breton par l'occupant et sur l'exploitation de sa main-d'oeuvre...

Et il faut louer tous ceux qui s'attachent à rappeler ces hauts faits comme l'Institut Culturel de Bretagne.
En partenariat avec Ouest-France il a organisé récemment à Saint-Malo un magnifique colloque sur les « liens de la liberté. » En l'occurrence, il s'agissait du réseau d'évacuation des pilotes alliés abattus en Bretagne.
Oui, il faut dire : chapeau au Président du Conseil Régional de Bretagne qui a souhaité qu'on enseigne aux jeunes, enfin, notre Histoire. Un nouveau manuel de référence est en train de s'élaborer à cet effet. La vérité historique doit être recherchée et défendue contre les faussaires.

Vincent Raude

NE DALV KET MONT D'AR RED GWELLOC'H EO MONT ABRED
Il ne sert à rien de courir. Mieux vaut partir tôt. *

Siège social : Maison de la Bretagne 203, bd Saint-Germain - 75007 Paris
tel/fax 01 69 01 50 83
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Abonnement  16 euros
Trimestriel
Ce numéro 187 de la Sterne a été réalisé par :
Directeur de la publication : Vincent Raude
Rédaction : Alain Baumard, Gérard Le Ber, Maryvonne Henry, Vincent Raude, et la collaboration de tous les auteurs d'articles de ce numéro
Crédit Photo : Maryvonne Henry, Gérard Le Ber

Remerciements aux annonceurs annonces couplées avec la version papier de ce numéro
NDLR : les articles publiés dans ce numéro n'engagent que leurs auteurs.
* « Proverbes et dictons bretons » de Louis Le Hénog

Les petits-déjeuners ACB

Dans le cadre de son aide au développement économique de la Bretagne, l'ACB a repris les rencontres autour du thème de la « création et reprise d'entreprises en Bretagne ». Sa commission éponyme a ainsi organisé récemment deux petits déjeuners conviviaux.

En premier lieu, nous avons ainsi eu le plaisir de recevoir le 19 décembre 2006, dans le quartier de Montparnasse, le syndicat mixte « Pays de Ploërmel ­ Coeur de Bretagne » qui regroupe six communautés de communes et que l'on peut découvrir à l'adresse : www.paysdeploermel-coeurdebretagne.fr

Cette structure a pour objet de susciter et regrouper les financements nécessaires en vue d'aider à l'investissement entrepreneurial en « Coeur de Bretagne ».

Trois intervenants, très impliqués dans le développement local, ont eu à coeur de démontrer le dynamisme de la région de Ploërmel. Ils nous ont présenté les moyens mis en oeuvre pour accueillir de nouvelles entreprises ou des repreneurs d'entreprises existantes.

Nous avons entendu, venus de bon matin de Ploërmel :

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2 Intermarchés à St-Malo :
La Découverte et Rocabey

Les auditeurs ont été très impressionnés par la qualité et le professionnalisme des interventions. Ils ont aussi été très sensibles à l'implication des acteurs de l'économie locale, conscients de la nécessité de se porter au devant des chefs d'entreprises potentiels afin de faire participer tout le « Pays » au développement économique de la Bretagne.

Au travers d'une présentation visuelle très agréable, nous avons découvert l'architecture du projet mis en place : un réseau d'accompagnement du candidat entrepreneur très complet et réactif, des structures d'accueil (espaces d'activités, pépinière d'entreprises, infrastructures informatiques), un environnement dynamique en termes scolaire, culturel et sportif par exemple. L'expérience de S. JAN, créateur de Bretagne Laser, est venue illustrer concrètement le projet intercommunal mis en place.

Nous avons aussi observé que, pour éviter une dispersion des interlocuteurs, les animateurs de ce réseau travaillaient tous en étroite collaboration, chacun étant informé des projets d'implantation ou de reprise suivis par les autres.

Souhaitons beaucoup de succès à nos compatriotes de Ploërmel, lesquels étaient d'ailleurs présents au Salon des Entrepreneurs qui s'est tenu les 31 janvier, 1er et 2 février derniers à Paris.


« De bon matin, les participants au petit déjeuner du 1er février se sont montrés très attentifs au récit d'une aventure entrepreneuriale, qui suscitera, nous l'espérons, des vocations. »

L'ACB a reçu le 1er février CAD22 (Côtes d'Armor Développement) et la CCI des Côtes d'Armor, accompagnées de chefs d'entreprise lesquels ont illustré également l'importance des structures d'accueil costarmoricaines. La manifestation se tenait dans le célèbre restaurant Le Procope, rue de l'Ancienne Comédie.

Nous avons eu le plaisir d'entendre les interventions de :

Il ressort de la présentation par CAD22 que les Côtes-d'Armor sont un département français parmi les plus attractifs avec un taux de chômage inférieur à la moyenne nationale et une progression de l'emploi salarié en 2006 de 1,7 % contre 1,6 % en Bretagne et 1,3 % en France.
Le contexte est donc dynamique.

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De son côté, J-P. GIRARD nous a fait part de la motivation qui l'a conduit à décentraliser son entreprise vers SaintBrieuc. L'accueil reçu, la facilité des contacts, la présence d'infrastructures modernes, l'augmentation de ses relations commerciales interrégionales ne l'obligeant plus à passer par l'Ile-deFrance, tout a concouru pour qu'il soit aujourd'hui satisfait de son installation.

De son côté, J-Y. de CHAISEMARTIN a fait part de manière très didactique des débuts de sa société d'exploitation d'algues, des raisons de son installation dans le goulet de Bréhat, de ses projets en cours et des méthodes de commercialisation des produits.

Grâce à la CCI des Côtes-d'Armor, nous avons pris connaissance d'un certain nombre de statistiques intéressantes sur les dirigeants d'entreprise dans le département. Ainsi, 78 % des dirigeants de sociétés de moins de 5 salariés ont plus de 50 ans.

Nous avons découvert avec le site Internet « Reprendre en Bretagne », sur lequel les cédants peuvent proposer à la vente leur entreprise et les repreneurs obtenir des informations centralisées.

Enfin, O. LASSALLE nous a retraçé son aventure liée à la reprise de l'entreprise CUISINES MALEGOL, les critères destinés à sélectionner sa cible et les moyens originaux par lesquels il a su à la fois conserver dans l'entreprise le bénéfice des conseils permanents du cédant, sans que la présence de celuici au quotidien ne s'avère trop délicate à gérer en termes de « management ».

Le lieu choisi pour la tenue de cette manifestation s'y prêtant agréablement, la réunion a été très conviviale, interactive et dense par le nombre d'informations échangées. La satisfaction des participants à l'issue de ces deux petits-déjeuners nous encourage dans notre démarche. Nous restons d'ailleurs ouverts aux propositions des adhérents sur d'autres thèmes intéressant le développement économique de la Bretagne.

Maryvonne HENRY,
Yann LE GUELLAFF


Paul Massé est professeur à l'Université de Paris XII

Aspects de l'économie bretonne

L'ACB publie désormais dans la Sterne des indicateurs d'activité et de résultats sur l'économie de notre Région. Ces données présentent la particularité d'englober le département de Loire-Atlantique.

Défaillances d'entreprises

En 2005 (dernière année connue), les défaillances d'entreprises ont été proportionnellement moins nombreuses en Bretagne (les 5 départements) qu'en France : 1,03 % des entreprises bretonnes ont déposé leur bilan, contre 1,43 % dans l'ensemble de la France. L'écart est conséquent. Par rapport à l'année 2004, on relève cependant une augmentation de 3 % des défaillances dans notre région, et tous les départements, à l'exception de l'Illeet-Vilaine, sont touchés par cette aggravation. Contrairement à des idées reçues, le secteur des services est, de tous les secteurs (Industrie, construction, Commerce et Services) le plus frappé par les dépôts de bilan ; il concentre 41 % d'entre-elles, alors que l'industrie n'en recense que 12 %.

Défaillances d'entreprises
AnnéesCôtes d'ArmorFinistèreIlle-et-VilaineLoire-AtlantiqueMorbihanTotal BretagneFrance
2004222348374501349179440 900
20052253693535473611855 (+3,4 %)41 800
% par rapport au nombre d'entreprises (2005)0,931,050,941,041,181,031,43
Revenu brut disponible par habitant
199220012003
France84 700 francs 15 720 euros16 996 euros
Bretagne81 700 franc14 879 euros15 790 euros
Bretagne /France 96,5 %94,6 % 92,9 %

Revenus des ménages

On observe une nette dégradation du revenu brut disponible des Bretons par rapport à la moyenne nationale entre 1992 et 2003 (dernière année connue). En 1992, la Bretagne (sans la Loire-Atlantique) se classait au 9ème rang des régions administratives françaises pour le revenu brut disponible par habitant ; en 2003 elle recule au 17ème rang, le RDB par habitant breton ne représentant plus que 92,9 % du RDB par habitant national :

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Cette situation est essentiellement due à la moindre qualification de la sphère productive bretonne. En Bretagne, les postes de cadres et de professions intermédiaires ne constituent que 34,5 % de l'ensemble des postes du secteur productif, contre 39 % environ pour la France métropolitaine. Et des disparités très fortes existent entre les zones d'emploi. Ainsi, dans la zone de Lannion où l'activité des TIC est importante, le taux de qualification est de 62,3 % tandis que dans la zone d'emploi de Carhaix spécialisée dans l'agroalimentaire, le taux n'est que de 20 %. Paradoxe de la Bretagne : alors que la région se place au premier rang en France pour le taux de réussite au baccalauréat, le niveau de qualification des postes du secteur productif est faible ! Les écarts entre les départements ne peuvent être appréciés que par les statistiques des revenus fiscaux par unité de consommation. En 2004 nous constatons que ces revenus sont supérieurs à la moyenne nationale dans les départements de l'Ille-et-Vilaine et la LoireAtlantique, et inférieure dans les trois autres départements ; la démarcation entre l'Est et l'Ouest est nette :

Revenus fiscaux par unité de consommation
(% par rapport à la moyenne nationale)
Côtes-d'ArmorFinistèreIlle-et-VilaineLoire-AtlantiqueMorbihanBretagne (5 départements)
95,2 %98,6 %102,4 %101,1 %97,1 %98,7 %

Cadre expatrié : une expérience, une chance à saisir

Rencontre avec Guillaume Appéré, cadre expatrié aux U.S.A.

Il est depuis 6 mois en NouvelleAngleterre pour le compte du Ministère de l'Industrie, et a accepté de répondre aux questions de « la Sterne » qui le remercie et le félicite.

Bonjour Guillaume. Où sont vos attaches en Bretagne, et quel a été votre parcours avant de partir aux U.S.A. ?
Je suis né à Saint-Renan, non loin de Brest, où réside la plus large partie de ma famille, et que j'ai quittée, mon baccalauréat en poche (obtenu au lycée Sainte-Anne de Brest), pour poursuivre mes études à Paris. Après trois ans passés à l'Ecole des Mines, je viens d'intégrer le corps des Mines, et sers donc à présent dans la fonction publique pour le compte du Ministère de l'Industrie.

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Qu'est-ce qui vous a décidé à entamer une carrière à l'étranger ?
L'expérience internationale est -et je ne m'en plaindrai pas- un passage obligé pour tout jeune ingénieur des Mines qui achève sa formation initiale. L'objectif de l'administration est de former des fonctionnaires qui aient véritablement vécu la mondialisation, par euxmêmes et sur le terrain. J'ai peu hésité avant d'opter pour les U.S.A. : la pratique anglo-saxonne des affaires me semble vouée à tenir encore pour quelque temps une place à part dans les échanges internationaux, et je voulais la découvrir de près.
Quels ont été pour vous les freins lors du choix ?
Je n'ai pas eu à craindre pendant plus d'une heure que ce qui a été présenté comme le « refroidissement » des relations diplomatiques franco-américaines me complique la tâche, mon premier interlocuteur à l'aéroport -un loueur de voitures- s'exclamant, en ouvrant mon passeport : « Oh, you are from Brittany, my mother studied in Brest ! ». Il faut reconnaître que la Nouvelle-Angleterre où je suis installé est singulièrement proche de l'Europe continentale à bien des égards, notamment sur le plan culturel.
La langue était-elle un obstacle ? Peut-elle être un obstacle ? Quel conseil donner à un cadre français tenté par l'expérience de l'étranger sur ce plan ?
J'ai appris que, près d'ici, dans l'État du Maine, se sont formées des associations de descendants d'immigrés français qui prohibent l'usage de toute autre langue que la nôtre lors de leurs rencontres, le « contrevenant » devant verser 0,25 dollars à un pot commun pour chaque mot prononcé en anglais ! Plus sérieusement, je pense que la réelle « barrière de la langue » se fait surtout sentir, et c'est paradoxal, lorsqu'il s'agit de lire entre les lignes : bien saisir les non-dits nécessite un bagage davantage lié à l'histoire et à la culture locales qu'à la grammaire de la langue.
Comment jugez-vous le manager américain ? Est-il plus « cool » que le français ?
Il ne me paraît pas vraiment plus « cool », mais surtout moins distant. L'utilisation uniforme du you est d'ailleurs un puissant catalyseur sur ce plan ; la hiérarchie s'efface volontiers dès que le tutoiement et le vouvoiement se confondent. Et, en matière de gestion multinationale, l'arrière-plan culturel est tout aussi incontournable : pour se faire entendre dans une usine française, il faut crier plus fort que les autres ; aux États-Unis, c'est tout le contraire : le bon manager n'est pas celui qui brutalise ses subordonnés (celui-là paraîtra grossier avant tout), mais celui pour qui toute discussion professionnelle commence par une plaisanterie autour d'un panier de beignets à la cannelle.
Quelle est l'erreur à éviter lorsque l'on prend la décision de s'expatrier ?
Je peux vous répondre en vous disant que si c'était à refaire, je préparerais davantage mon départ sur le plan pratique, notamment en prenant contact avec les associations locales d'expatriés qui sont toujours de bon conseil.
Y a-t-il des Bretons dans l'État du Maryland et du Massachusetts ? Parlez-nous un peu de la Nouvelle-Angleterre : que faut-il y visiter ? Comment peut-on attirer des touristes américains en Bretagne ?
La ville de Boston est un foyer d'attraction mondiale pour les étudiants ; la Bretagne y est très bien représentée. Sur le plan touristique, Boston est incontournable, de même que le très pittoresque Cape Cod. Le port de pêche de Mystic a un air du Conquet et, dans les terres, la région des Berkshires rappelle étrangement les Monts d'Arrée. D'ailleurs, pour attirer des Américains de la région en Bretagne, mettre l'accent sur son héritage celtique me paraît une piste à explorer : très nombreux sont ici les descendants d'Irlandais et d'Ecossais attachés aux racines de leurs ancêtres.
Y a-t-il de la place pour les produits bretons dans votre région ? Les voyez-vous ?
Les produits importés, et français en particulier, souffrent de droits de douane étonnamment élevés, et me semblent encore trop peu populaires. Cela étant, l'influence irlandaise marquée dans la région pourrait sans doute créer un terrain favorable à la commercialisation de la bière bretonne, par exemple.
Quels conseils donnez-vous à un jeune diplômé qui cherche une orientation (secteurs d'avenir à privilégier) ?
Je vous réponds en étant encore partie prenante ! L'expérience à l'étranger (même courte) ne me semble pas seulement utile, mais indispensable, quel que soit le domaine d'activité. Quant aux secteurs d'avenir, je me garderais de toute prophétie. Je travaille actuellement sur la thématique du « charbon propre » : qui aurait pensé il y a dix ans que le charbon serait envisagé comme alternative sérieuse au pétrole ? Cet exemple montre que les préoccupations liées au développement durable ouvrent désormais de riches perspectives, notamment dans l'industrie.
La vie culturelle aux U.S.A. ?
C'est là mon principal « choc » jusqu'à présent ! La prospérité américaine est éclatante dans ce domaine, et même insolente pour un Français. Tout près de chez moi, à Williamstown, ville du Massachusetts de la taille de Landivisiau, un musée d'art impressionniste expose pas moins de trente toiles de Renoir !
Un retour en Bretagne pour l'été 2007 ?
Je prépare, une nouvelle édition à Paris du Salon du Livre Celtique, dont nous avons été à l'initiative en 2004 et 2006. J'espère bien sûr, l'été prochain, retrouver ma Bretagne.

Anciens numéros

Aspects de l'économie bretonne

Evolution démographique

Au cours du dernier quart de siècle, la population bretonne s'est accrue globalement de 500 000 personnes environ, soit une progression de 15 %, supérieure à celle de la France métropolitaine (12 %). Cependant tous les départements n'ont pas évolué selon un rythme comparable. Le Finistère, et plus encore les Côtes-d'Armor, n'enregistrent qu'une faible progression. Ces deux départements cumulent les handicaps : un solde naturel (excédent des naissances sur les décès) infime, voire négatif en certaines périodes, en raison de la structure par âge de la population, et un solde migratoire positif mais chétif à cause de leur structure économique peu dynamique. En revanche, les trois autres départements  - et en particulier l'Ille-et-Vilaine - bénéficient d'une croissance démographique vigoureuse. Cela résulte à la fois d'un 
taux de natalité élevé (12,8 ‰ en Ille-et-Vilaine et en Loire-Atlantique, contre 11,5 ‰  dans les Côtes-d'Armor et dans le Finistère), d'un taux de mortalité faible (8 à 8,5 ‰ en  Ille-et-Vilaine et en Loire-Atlantique contre 11 à 12 ‰ dans les Côtes-d'Armor et le Finistère ; 10 ‰ dans le Morbihan), et d'un solde migratoire nettement positif. Et notons que la balance migratoire dans les trois départements les plus dynamiques n'est pas le fait du retour au pays des retraités partis faire carrière hors de la Bretagne, mais d'une immigration de personnes actives venant essentiellement de l'Ouest de la France, attirées par le nombre et la qualité des emplois offerts. L'attrait de Rennes-Atalante est un exemple convaincant de ce mouvement migratoire riche pour 
la région. 

Emploi salarié privé

L'emploi salarié a progressé dans tous les départements bretons plus fortement qu'en

Les effectifs de l'industrie poursuivent partout leur régression

Paul MASSE

Nicolas Hulot en croisade à l'ACB

Mardi 19 septembre 2006, 100 membres de l’ACB ont écouté avec attention la conférence de Nicolas Hulot sur le thème du développement durable.

Nicolas HULOT, animateur très médiatique du magazine télé Ushuaïa Nature milite pour la cause écologique et le développement durable. Aujourd’hui, il en est le porte-parole le plus crédible et le plus aimé des français. Inlassablement, Nicolas HULOT essaie de convaincre les politiques, candidats à l’élection présidentielle, de l’urgence à prendre la mesure des bouleversements climatiques.

Inutile d’être un spécialiste de géopolitique pour comprendre le discours clair et pédagogique d’un homme qui se dit humblement être un généraliste de l’environnement. Ce généraliste serait plutôt un spécialiste qui s’appuie sur des bases scientifiques solides pour étayer son argumentaire. Autour de lui, une trentaine d’experts scientifiques constituent son comité de veille écologique, tous sont des sommités dans des domaines très complémentaires touchant à l’environnement en passant par le climat, l’agronomie, l’agriculture biologique mais aussi la médecine et même la philosophie…. 

Nicolas Hulot, l’homme de conviction, utilise son charisme et sa rigueur pour alerter sur l’état de la Planète et les changements climatiques annoncés. Il sanctifie le développement durable ainsi que la solidarité avec la nature et le vivant mais aussi entre pays du nord et pays du sud. 

L’écologie ayant une dimension planétaire, Nicolas Hulot précise d’emblée qu’il n’abordera pas spécifiquement la problématique environnementale bretonne. 

Etat des lieux 

La vie sur terre tient au miracle grâce à l’atmosphère, un petit bouclier qui nous protège en participant aux équilibres thermiques et chimiques de notre Planète. Depuis l’ère industrielle, l’Homme a une efficacité redoutable à modifier le patrimoine de la Planète, notamment la composition chimique de l’atmosphère, et à aggraver l’effet de serre par l’émission de gaz. La Terre ayant perdu ses repaires, la nature se déchaîne : l’Afrique succombe à une sécheresse endémique, des tempêtes violentes s’abattent sur le continent européen, des ouragans de plus en plus puissants dévastent des régions jusqu’alors épargnées. 

Nicolas Hulot regrette que les scientifiques aient tardé à confirmer que la part humaine de l’effet de serre induisait des changements climatiques et une augmentation de la température du globe. Aujourd’hui, ils sont formels. L’impact de l’activité humaine sur les changements climatiques est incontestable. Nicolas Hulot fait référence à des rapports qui s’accumulent sur les bureaux des décideurs de la communauté nationale et internationale. Ces rapports rédigés par des spécialistes du GIEC (Groupe Intergouvernemental d’Experts sur l’Evolution du Climat) et relayés par des hommes politiques de gauche comme de droite convergent vers les mêmes conclusions. 

Dans le meilleur des cas, une augmentation moyenne de température à la surface du globe est estimée à 2,7°C d’ici la fin de ce siècle. Selon Nicolas Hulot, 4°C est un chiffre qui paraît plus réaliste. Ce chiffre est énorme car il implique que certains points du globe pourraient subir une variation de température de 10°C. A titre d’exemple, Nicolas Hulot précise que lors de la dernière glaciation, il y a 20 000 ans, la température moyenne à la surface de la Terre n’était que de 3°C inférieure à celle d’aujourd’hui. A cette période, les continents européen et américain étaient sous des kilomètres de glace. Il ajoute que cette variation s’est faite sur une échelle de temps qui a permis à la vie de s ‘adapter. Alors quand Nicolas Hulot parle d’une variation de 3°C sur un siècle, il faut s’attendre à des conséquences en cascade sur le plan humain, sanitaire, écologique, économique et géopolitique. Dans les terres australes, le réchauffement estimé à 10°C provoquerait une élévation importante du niveau des océans due à la fonte d’une partie de la calotte glacière. Une montée des eaux de quelques centimètres suffirait à générer des millions de réfugiés écologiques. 

Nicolas Hulot met en lumière l’injustice persistante entre pays riches et pays pauvres, entre deux mondes qui s’observent sans se comprendre. L’un qui tire son épingle du jeu, responsable de la pollution et du dérèglement 
climatique, l’autre celui qu’il nomme les exclus de la Terre, victimes de ce même dérèglement climatique. Dans ce contexte, les plus démunis sont les plus vulnérables face à la sécheresse, aux tempêtes et ouragans… 

Les changements à venir 

Après des décennies de découvertes scientifiques et d’ivresse technologique, l’Homme a perdu sa dimension humaine. L’explosion démographique est une des conséquences du progrès. Dans notre monde occidental, chaque individu pèse 4 à 10 fois plus sur la planète qu’il y a un siècle. Aujourd’hui, l’empreinte écologique de l’humanité a dépassé la faculté de la Planète à répondre à nos besoins. Si la société ne prend pas l’ampleur des dégâts, l’homme va compromettre dans un futur très proche 50% de la biodiversité alors que la biodiversité constitue la clé de la vie sur Terre. 

Le monde de demain sera de gré ou de force différent de celui d’aujourd’hui. Nicolas Hulot a l’intime conviction que notre civilisation arrive à un moment critique où nous devons déployer nos capacités à faire face à l’ampleur des bouleversements climatiques. Dès aujourd’hui la société est confrontée à deux grandes questions : 

• Est-ce le temps qui dictera la mutation ? 
• Est-ce la société qui prendra en main sa mutation ? 

La situation est très préoccupante. Il est impératif de réagir et de redonner un sens au progrès. Nicolas Hulot est un homme résolument optimiste, il croit en l’Homme. Selon lui, l’Homme peut faire face intelligemment en mettant au service de cette cause les outils technologiques, scientifiques et historiques dont il a hérités du siècle dernier. 

Comment anticiper les changements et que peut-on faire à notre échelle ? 

L’impératif écologique est l’occasion inespérée d’affirmer concrètement trois formes de la solidarité. 


Solidarité de l’Homme avec le vivant : elle est donc essentielle pour la survie de l’espèce humaine. Nicolas Hulot cite la théorie de Darwin selon laquelle l’homme n’a pas fait l’objet d’une création séparée. Ayant une communauté d’origine, l’Homme et la Nature ont également une communauté de destin. Ce qui implique que la sauvegarde de notre propre existence passe par le maintien de la biodiversité. 

Solidarité dans l’espace : il est inacceptable que les pays du sud continuent à subir alors qu’ils n’ont rien provoqué. 

Solidarité avec le futur : avec les folies d’hier, nous avons construit les malheurs d’aujourd’hui et de demain. Chacun doit prendre part au défi écologique. Nicolas Hulot explique clairement le sens de sa démarche : le préalable à l’action individuelle et collective est l’indispensable prise de conscience qui sera suivie par une traduction individuelle et politique. Le message est clair. Nous avons l’obligation d’aller vers une civilisation durable sans sacrifier la croissance économique. C’est possible même si l’équation entre impératifs d’aujourd’hui et 
nécessités de demain est complexe. Ce grand défi auquel l’humanité est confrontée passe par une réinitialisation individuelle et collective de notre société. 

Nicolas Hulot lance un appel à nous engager vers une société non de privation mais de modération : une société d’abondance frugale. L’expression est parfaitement claire : moins de gaspillage et plus de sobriété. Chacun de nous individuellement et collectivement peut agir. 

Quel rôle pour la France ? 

La France à un rôle à jouer même si elle n’est responsable que d’une partie des problèmes et ne peut apporter qu’une partie des solutions. Dans l’Europe qui se cherche, si la France qui était l’élément résistant par rapport aux enjeux écologiques devenait l’élément moteur, elle pourrait montrer l’exemple en aspirant nos voisins européens vers de nouveaux objectifs. 

Nicolas Hulot est intimement persuadé que le ou les pays qui seront les premiers à faire face à ce défi écologique remporteront, sur le plan économique, les dividendes. 

Nicolas Hulot attend impatiemment une politique volontariste mobilisant chercheurs et ingénieurs pour anticiper le réchauffement climatique et s’y adapter. Il dénonce la politique agricole commune et l'agriculture productiviste. Il rêve d'une industrie verte respectueuse de l’environnement, d’un nucléaire propre et bien sûr du développement des énergies renouvelables. Son livre qui sortira en novembre 2006 est consacré au programme qu’il a longuement élaboré avec son comité de veille écologique pour relever un défi auquel l’humanité n’a encore jamais été confrontée. 

Grâce à son exposé didactique, Nicolas Hulot a conquis son public. Désormais, nous avons les cartes en main. 

Nicolas Hulot met tout son coeur et toute son énergie dans cette cause écologique. Il alerte sans affoler. Son discours est sincère et grave mais porteur d’espoir. 

En attendant une politique courageuse de nos décideurs, puisse cette conférence être un point de départ de réflexion pour chacun de nous sur nos comportements quotidiens, mais aussi une prise de conscience collective en fonction de nos propres responsabilités professionnelles, associatives, voire politiques. 

Guylaine DUCOURET 

voir la lettre que la Fondation Nicolas Hulot a adressée à l'ACB suite à cette rencontre