N° 159 - Décembre 2004

DOSSIER REVELATIONS

PROVINCIAUX DE PARIS

Tous les mois, ils se serrent les coudes dans leurs business clubs

 


Qu'ils s'appellent Club, Cercle ou Union, qu'ils soient ouverts ou secrets, tous les réseaux ont le même but : permettre à leurs membres de se faire la courte échelle. Démonstration.

Evidemment, on peut toujours rester seul dans son coin, en regardant passer les trains. Mais, à moins d'avoir un caractère de cochon ou le tempérament d'un ours des cavernes, tout cadre un tantinet soucieux de sa carrière se doit de fréquenter du monde. D'abord parce que le bouche-à-oreille permet de glaner des informations précieuses. Ensuite parce que les opportunités de business se nouent avec les relations d'affaires. Enfin parce que posséder un épais carnet d'adresses reste sans doute la meilleure assurance de décrocher un job : les recruteurs estiment que plus de la moitié des postes d'encadrement sont pourvus par relations. "Tout se passe entre gens qui se connaissent, parce qu'ils fréquentent les mêmes cercles", résume Alain Marty auteur de "Clubs et réseaux d'influence" (Editions du Cherche-Midi) et président du Wine & Business Club. Entraidons-nous, le ciel nous aidera ...

Bruno Declairieux

... Il est vrai que, lorsque l'on n'est ni franc-maçon ni inspecteur des finances ni amateur de cigares, et qu'on n'a pas encore grimpé assez haut pour pouvoir intégrer le Racing, le plus simple est encore de se rabattre sur un réseau régional pour se constituer un carnet d'adresses.

Ils sont au demeurant très efficaces. Voyons par exemple l'Association des cadres bretons. Avec ses 600 adhérents (parmi lesquels Patrick Le Lay, Yves Rocher et PPDA), avec son réseau de dirigeants bien implantés dans l'agroalimentaire, la grande distribution et les médias, elle est capable de faire la courte échelle à n'importe quel porteur de chapeau rond. Son site Internet reçoit d'ailleurs une vingtaine de nouvelles offres d'emploi chaque mois. Mais les affaires se nouent surtout par le bouche-à-oreille, lors des nombreuses manifestations organisées par l'association, déjeuners-débats et autres conférences bretonnisantes, ou grâce à l'annuaire publié par le club.

C'est lors d'une de ces réunions qur Françoise Bouchereau-Prince, ex-responsable du recrutement d'une SSII au chômage, a rencontré Diane Revillard, l'une des dirigeantes d'Optrium, un éditeur de logiciels. "Quand je lui ai dit que je cherchais du travail, elle m'a tout de suite proposé un poste", se souvient-elle. Ravie aussi, Catherine Laudic, directrice du développement de Créa Crèche Conseil, une jeune société qui biberonne les projets de garderies d'enfants interentreprises. "Depuis trois semaines, j'essuyais le barrage de la secrétaire d'un de mes prospects, directeur chez Intermarché. Par le biais de l'association, j'ai eu son portable et j'ai pu lui présenter mon projet", raconte cette Morbihanaise de 33 ans.

Des histoires comme ça, les présidents de club en sortent tous de leur manche...

Véronique Yvernault