n° 772/773 – du 12 juillet au 29 août 2005

Enquête

Clubs, cercles, réseaux : l’entreprise de toutes les tribus

Régions

Breizh connections

 

Parmi les réseaux des différentes communautés régionales, l’Association des Cadres Bretons, née il y a plus de quarante ans et rassemblant quelques patrons médiatiques du CAC 40 et des médias, fait figure d’institution.

 

 

Est-ce parce que l’identité d’un salarié ne se réduit plus à sa fonction dans l’entreprise ? Ou parce que des carrières de moins en moins linéaires incitent à adhérer à divers réseaux ? En tout cas, les clubs et réseaux régionaux ont le vent en poupe. On y échange les témoignages d’une passion ou d’une nostalgie pour sa région d’origine ou d’élection, on y jette aussi les bases de projets économiques locaux, d’évolutions professionnelles permettant un retour au « pays » …

700 membres 

« On a aussi, souvent, le besoin de recréer des relations conviviales et une expression plus libre qu’au sein de son entreprise, juge Christian Cochard, président de l’Association des Cadres Bretons (ACB), l’une des plus anciennes et des plus influentes associations de son espèce. La convivialité crée souvent la confiance, et la confiance peut déboucher sur un emploi. »

Créée en 1962, l’ACB rassemble aujourd’hui 700 membres, dont beaucoup de cadres dirigeants et chefs d’entreprise, d’universitaires, de professions libérales, parmi lesquels quelques pointures de l’économie nationale comme Yves Thibault de Silguy, DG de Suez, François Pinault (PPR), Jean-Claude Trichet, président de la BCE et du G10, Maurice de Kervenoaël, président de Parfums Hermès, ou encore le journaliste vedette de TF1 Patrick Poivre d’Arvor … « Mais nous ne sommes pas une association identitaire, prévient Christian Cochard. Il suffit, pour adhérer, d’aimer la Bretagne. » De fait, 45% des membres ne sont pas nés en Bretagne.

Aide à l’exportation

La vocation de l’ACB est à la fois d’aider les Bretons de Paris à se retrouver, à échanger des informations, à évoluer professionnellement, et de soutenir la Bretagne et ses entreprises dans leurs projets. Elle a, par exemple, entamé un discret lobbying en faveur de la poursuite de la ligne TGV vers l’Ouest et des pôles de compétitivité images et réseaux, mer, agroalimentaire et automobile. Elle affiche aussi sur son site les offres d’emploi d’entreprises bretonnes.

« Nous allons également lancer un projet en faveur des PME locales, pour les aider à exporter, poursuit Christian Cochard. L’ACB veut créer un point de rencontre entre ces entreprises et des étudiants qui souhaitent effectuer pour elles des missions à l’étranger, plus courte qu’un VIE. »

Quant à la famille bretonne au sein des entreprises, le président de l’ACB considère qu’une origine régionale commune peut certes aider à susciter la confiance, mais cette « qualité » vient bien après les critères de qualification, de compétences ou d’expérience dans les choix dans les choix de promotion ou d’embauche. Autour de ses réunions, qu’elle décline en partie par grands secteurs d’activité, l’association elle-même dit, d’ailleurs, se donner une mission d’entraide sur le mode du partage d’informations plutôt que sur celui de la cooptation.

Il n’empêche, beaucoup de ces Bretons « de l’extérieur », d’autant plus attachés à leur région d’origine qu’ils se sentent une dette vis-à-vis d’elle pour n’y être pas restés travailler, sont prêts à écouter avec une bienveillance particulière leurs compagnons d’exil.

G.L.N.